Angèle Lux

  


Noyée
Ne pars pas, amour
Ne peux-tu comprendre
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NOYÉE...

Noyée dans un océan de mortier et de papier
Je tente d'atteindre le fond de ma nuit
Faire éclater la syntaxe,
Danser les sèmes
À la face du taire.

Le quotidien est trop près
Trop près au creux de moi
Comme une seconde peau de misère
Qui à tire-d'aile se desquame
Pour devenir noirceur
Et densité du silence consenti.

Trop d'hommes meurent ainsi en silence
Dans l'impuissance à dire
Ces paroles tuées et jamais écrites

Entrailles et mémoire des hommes
Au bal des mal aimés.

©Angèle Lux.

Ne pars pas, amour.

Ne sépare pas la lune de ses marées,
N'éteint pas le soleil posé sur la montagne,
Ne broie pas la vague qui bat
Ni mon âme qui ne connaît plus
Que les taches d'ombre et de lumière
De ton amour, de ton amour.

Comme un animal qui lèche ses plaies,
Laisse-moi veiller notre amour.

Ma vie n'a pas su rider
La surface de la tienne
Mais laisse-moi étreindre
De mes mains maladroites
Ta faim inassouvie
Et devenir repos, baume,
Posée sur ton front lisse.

Comme un animal qui lèche ses plaies,
Laisse-moi veiller notre amour.

©Angèle Lux.

Ne peux-tu comprendre

Ma solitude a mal
Dans la blanche nuit
D'un pays éclaté,
Morcelé, déchiré.

Ma voix s'éraille
Sur les mots à vivre,
Noyés dans le voile
D'un grinçant silence.

Je n'ai plus que mes mots
Et l'ancre de ma peur
Pour écrire les mille ans
D'une enfance oubliée.

Et ces mots sombrent
Dans l'abîme de ta vie,
S'échouent, tombeaux inutiles,
Sur la rive du passé.

Ne peux-tu comprendre
L'idéal de vivre
Qui éclate dans ma chair
Et meurt dans mes mots.

©Angèle Lux.